Devenir propriétaire à deux, c’est un peu comme monter dans le grand huit du parc d’attractions : on s’imagine rire sous la pluie et repeindre ensemble la cuisine, mais il faut aussi vérifier que les ceintures de sécurité sont bien attachées… Notamment du côté du portefeuille ! Avant de signer pour une vie à crédit (et à deux), un point crucial mérite qu’on s’y penche : la question du financement partagé. Une erreur à ce stade peut coûter bien plus cher que prévu, voire gâcher la fête avant même le crémaillère.

Le rêve à deux : attention à la quotité de financement

Acheter un appartement ou une maison en couple, c’est parfois l’aboutissement d’un projet de vie. Mais gare au retour à la réalité lorsque vient le temps de discuter argent. Toutes les histoires financières ne finissent pas bien, surtout quand les revenus ou apports diffèrent beaucoup ! Selon Nathalie Couzigou-Suhas, notaire à Paris, « ce n’est pas parce qu’on s’aime qu’il ne faut pas mettre les choses au clair pour savoir comment on finance son bien ».

Autrement dit ? Avant même de chercher la couleur du carrelage, il faut s’asseoir et tabler sur :

  • Qui apporte quoi (en euros, pas seulement en enthousiasme) ?
  • Qui rembourse quoi et comment ?
  • Qui paie les travaux, et à quelle hauteur ?

Se poser ces questions, c’est se protéger de potentiels conflits futurs, que ce soit en cas de rupture ou lors d’un décès (parfois dans des familles recomposées avec enfants de précédentes unions, histoire d’ajouter un peu de suspense au scénario !).

Partager à 50/50 : une erreur qui peut coûter cher

La tentation est grande d’opter pour une répartition égalitaire sur l’acte d’achat – 50 % chacun. Mais voilà : attention au piège ! « Si on déclare un achat à 50-50, même si un des deux a financé 70 %, il n’est propriétaire que de 50 % » rappelle Me Couzigou-Suhas.

Vous l’aurez compris : celui ou celle qui a extra-financé le logement ne pourra jamais réclamer plus de la moitié, même s’il ou elle a mis bien plus sur la table ou dans la marmite. Pour éviter ce genre de déconvenue – après tout, mieux vaut garder les sujets de dispute pour savoir qui fait la vaisselle –, il est possible de faire calculer les parts exactes par un notaire. Ce dernier peut prendre en compte :

  • Le montant de l’apport de chacun
  • Les possibilités effectives de remboursement

C’est un peu plus chiant qu’une simple signature, mais nettement plus sûr pour préserver son patrimoine et… sa bonne humeur !

La vie à deux selon le régime matrimonial

Le sort de votre futur bien commun dépend aussi… de votre situation personnelle.

  • Vous êtes mariés sans contrat ? Vous relevez alors du régime de la communauté réduite aux acquêts. Tous les achats faits pendant le mariage appartiennent à parts égales aux deux, sauf si vous prenez vos précautions avant l’acquisition du bien (c’est le moment de sortir sa calculette… et d’assumer qui paie quoi).
  • Vous avez signé un contrat de mariage (séparation des biens) ? Chacun reste propriétaire à hauteur de ce qu’il a véritablement apporté, et peut le faire valoir à tout moment, sans limite de délai – même une fois le bien acquis. Par contre, attention, si un époux rembourse plus que l’autre chaque mois, cela ne sera pas pris en compte sauf preuve concrète.

Et si vous n’êtes pas mariés (ni pacsés) ? Vous ne pourrez prouver un apport ou un remboursement différencié que pendant cinq ans, délai de prescription classique. C’est précis, c’est net, et ça ne laisse pas la place à l’improvisation amoureuse !

Changer d’avis ensuite ? C’est possible… mais payant !

Aucune crainte si vous n’avez pas tout calculé dès le départ : il est toujours possible d’ajuster les quotités de financement par la suite. Deux options s’offrent à vous :

  • Recalculer la répartition avec votre notaire, moyennant des frais d’environ 6 %.
  • Rédiger une reconnaissance de dettes devant notaire pour quelques centaines d’euros, solution plus économique.

L’essentiel ? Garder à l’esprit qu’acheter à deux n’est pas une simple déclaration d’amour, c’est aussi (et surtout) une affaire de comptes et de précautions. Vos sentiments vous honorent, mais le notaire veille à ce que vos économies ne se volatilisent pas au prochain désaccord. Vaut mieux faire preuve de pragmatisme que de pleurer sur la moquette toute neuve (et encore non amortie) !

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