Envoyer un mail pro, c’est souvent un casse-tête qui commence bien avant le premier clic. On pense que ça coule de source, mais une formule de politesse mal choisie peut saboter toute la crédibilité du message en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire « cordialement ».
Pourquoi les formules comptent (plus qu’on ne l’imagine)
Dans le monde professionnel, écrire à son supérieur, à un recruteur ou même à un collègue ne se fait pas à la légère. La langue française adore ses subtilités, ses doubles sens, et ses pièges de courtoisie. Résultat : il n’est pas rare de se relire, de douter, d’hésiter au moment de choisir LA formule de politesse qui va bien. Adopter le bon registre avec la bonne personne, c’est l’assurance de ne pas transformer un simple mail en déclaration d’amour ou en déclaration de guerre. Rien que ça.
Des conventions qui peuvent faire sourire (ou grincer des dents)
Le milieu professionnel regorge de conventions parfaitement codifiées. Saviez-vous, par exemple, qu’« agréer l’expression de sa haute considération » n’a rien à voir avec adresser ses « amitiés » ? Oubliez donc les formules d’un autre temps quand vous écrivez à votre boss ou à un inconnu du troisième étage. L’objectif : ne pas donner l’impression de sortir d’un roman épistolaire… ou de confondre votre chef avec votre meilleur ami d’enfance.
- L’adjectif « cher/chère », venu du latin “carus” (oui, un petit clin d’œil aux cours de latin du collège) signifie à la fois « chéri, aimé » et « précieux, coûteux ».
- Historiquement, « cher filz » apparaît dans la littérature du XIe siècle et exprime une vraie tendresse. Or, sauf manifestation d’une affection débordante envers votre N+1 (ce qui se discute…), il vaut mieux l’éviter en début de mail professionnel.
- Privilégiez la sobriété : un simple « Monsieur » ou « Madame » fera parfaitement l’affaire.
Ces formulations à double tranchant qui ruinent tout
Si souhaiter une « bonne journée » part d’une excellente intention, cette petite phrase en apparence anodine peut, selon le contexte, passer pour ironique, notamment lorsqu’on emploie systématiquement les « bon/bonne » en début ou fin de mail. Prévient-on son interlocuteur sur la durée de la guerre imminente, façon Prévert, ou souhaite-t-on vraiment une belle matinée ? La réponse est dans l’œil de celui qui lit, pas dans celui qui écrit…
- Pour la formule « bonne journée », mieux vaut donc la réserver à ses collègues vraiment proches, ou alors glisser le souhait dans la phrase de conclusion d’un message, suivi d’un « cordialement ». Sobre, efficace, classique.
Autre expression piégeuse : « bien à vous ». Elle apparaît régulièrement dans nos boîtes mail et semble à la fois chaleureuse et professionnelle. Mauvaise pioche ! Si le Dictionnaire de l’Académie française la donne comme synonyme de « du fond du cœur », son utilisation n’est pas neutre. Elle implique souvent une certaine affection ou une proximité qu’on n’a pas toujours envie d’exprimer dans un cadre formel. « Bien à vous » aurait d’ailleurs pu finir dans une lettre d’amour du XIXe siècle, c’est dire…
Privilégiez donc les formulations claires et nettes comme « je me tiens à votre disposition pour… », qui a le mérite d’éviter les non-dits (et les quiproquos dignes d’une comédie romantique mal embarquée).
Le casse-tête du « agréer » et ses pièges syntaxiques
Si vous pensiez que le verbe « agréer » était votre allié infaillible en fin de mail formel, détrompez-vous ! Ce dernier, tiré du latin « gratum » (rien de très surprenant côté vocabulaire), obéit à une règle stricte : il introduit uniquement des termes exprimant un sentiment ou une assurance, comme :
- « Veuillez agréer l’expression de mes hommages »
- « Veuillez agréer l’expression de mes respects »
- « Veuillez agréer l’expression de ma considération »
En revanche, écrivez noir sur blanc « veuillez agréer l’expression de mes salutations », et c’est le sentiment qui meurt dans l’œuf… car « salutations » ne désigne ni une attitude, ni un sentiment. Si toutefois vous tenez vraiment à utiliser le terme, préférez « veuillez agréer mes salutations », et dormez tranquille (au moins sur ce point).
Faut-il trancher définitivement entre « cordialement » et « bien à vous » ?
Les débats font rage dans les hautes sphères du courrier électronique (et ailleurs). Faut-il bannir le « cordialement » pour préférer le « bien à vous » ? Ou l’inverse ? Difficile de mettre tout le monde d’accord, tant les usages évoluent plus vite que les recommandations officielles. Pour l’instant, retenons simplement que sobriété et justesse sont de mise : mieux vaut une formule directe qu’un envol lyrique ou un excès de familiarité.
En conclusion ? Prenez le temps de relire vos mails avant d’appuyer sur envoyer. La politesse, c’est comme le sel dans la soupe : trop ou pas assez, et c’est tout le goût qui est gâché !













